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August 2003


Vous avez fait un concert remarquable et remarqué le 12/07/03 au "Summer Metal Fest" de Metal Organisation. Comment ça s'est passé ?



Thorselder : Ce fut un chouette festival, on s'est bien amusé. Dommage qu'il n'y avait pas de retours mais ça s'est relativement bien passé. Spoliatorion : On ne s'entendait pas vraiment. Prometheus : Globalement, les impressions étaient très bonnes.



Vous y avez joué un nouveau morceau que j'ai particulièrement bien apprécié et qui s'appelle justement "Inocculta". Après l'avoir écouté dans le show, et donc cadré dans son élément, je trouve qu'il se distingue des compositions plus anciennes par l'accent qui est plus mis sur les guitares, ce qui en fait, vous me dites si je me trompe, un morceau de Heavy Metal, du moins en ce qui concerne le pont de guitare ...



Prometheus : C'est Spoliatorion qui l'a composé et il y a mis ses influences trash. Elle est moins technique que nos autres compos, c'est vrai qu'elle s'en écarte un peu mais ça reste du Inocculta dans l'ambiance.



Oui, dans l'ensemble, ça reste du Inocculta, mais on peut la distinguer des autres. Est-ce que c'est ce pont de guitare ?



Spoliatorion : Il y a un riff de base qui est la colonne vertébrale du morceau. C'est une chose que l'on retrouve dans tous les morceaux de trash principalement, mais il y a quand même des passages très Black Metal …



Je ne conteste pas du tout mais cette structure était nouvelle pour moi qui l'ai découvert dans le cadre de ce festival.



Spoliatorion : C'est nouveau, mais ce ne sera pas un pont pour les prochaines compositions ! C'est une composition que l'on aime jouer aux concerts, ça c'est un fait.



Je me souviens qu'au concert, vous aviez fait le soundcheck quasi en live, vous aviez commencé à jouer, vous étiez bien partis et je pensais donc que le concert avait commencé. Puis, soudain, vous vous êtes arrêtés pour aller vous maquiller. Je me suis dit, finalement, est-ce que le maquillage est vraiment nécessaire pour que votre musique soit efficace ?



Thorselder : C'est vrai qu'on s'est retrouvé face à un sérieux dilemme et on va certainement le retrouver dans les prochains concerts : il faut se maquiller pour le style, et ça on la suffisamment bien expliqué dans le précédent interview, mais en plus, il faut faire le soundcheck. Le problème, c'est que faire le soundcheck maquillé, ça le fait pas du tout. C'est pour cela qu'on s'était dit entre nous qu'il fallait faire le choix : soit se maquiller, faire le soundcheck maquillés et jouer, soit faire le soundcheck, se maquiller et puis jouer. Et c'est ce qu'on a pris le risque de faire. Circius : Mais tu n'es pas le seul à l'avoir remarqué, plein de gens nous en ont fait la remarque. Spoliatorion : Ca été folklorique, on a joué une reprise d'Emperor ("I Am The Black Wizards") et on était lancé ! Mais on a dû s'arrêter et on se demande pourquoi on a joué si longtemps …



Parce que toute la salle suivait ! Je peux vous dire que la salle était chauffée, c'était bon, vous pouviez continuer ! Et justement, ça n'aurait pas été profitable de se dire, tant pis, on laisse tomber le maquillage et on y va. Parce que le public étant quand même assez éclectique, vous étiez environ le seul groupe de Black Metal, il y avait un groupe de Death Metal, un autre plutôt hardcore, les autres plutôt franchement typés Heavy Metal. Finalement, vous auriez très bien pu continuer sur votre lancée sans que le public ne soit choqué de ne pas voir les maquillages …



Thorselder : Ca, c'est vrai mais c'est une question de principes qu'on s'était fixé : faire des concerts maquillés. On a essayé de le respecter un tant soit peu.



Mais pourquoi ne pas faire le soundcheck maquillés ?



Spoliatorion : Brancher les amplis et les guitares en étant maquillés, en ne faisant rien pendant 20 minutes, en bricolant son matos, je ne vois pas l'intérêt, tout simplement. Prometheus : De plus, le maquillage, c'est le show lui-même. Quand on est maquillé, on rentre dans la peau d'Inocculta et on joue. Thorselder : Ca fait surtout partie de l'essence de notre show.



On l'a constaté, vous avez des morceaux extrêmement longs et vous m'avez dit que vous n'écriviez pas votre musique. Ils ne sont selon moi pas figés dans le temps parce que vous allez rajouter des choses, oublier des passages, … ou alors au contraire, vous vous y tenez, ils sont bétonnés et vous n'allez plus jamais y toucher.



Circius : Pendant plusieurs mois, on travaille le morceau. A un certain moment, il est conclu et on n'y touche plus …



Il ne risque pas d'évoluer tout seul pendant que vous jouez. Parce qu'un morceau de 7 minutes …



Spoliatorion : On est structuré, on travaille d'une certaine manière. On arrive avec des idées et on les met en place. On ne va pas commencer à partir dans des délires faramineux. On essaie d'être le plus près possible de ce qu'on a fait au départ.



Est-ce que ça veut dire que sur scène, tout va être minuté ou alors vous allez laisser une porte ouverte à la spontanéité …



Spoliatorion : On va refaire nos compos le mieux que l'on peut et essayer d'être présent sur scène, on ne va pas créer de nouvelles mélodies, ce n'est pas le but du jeu. Si on veut créer d'autres mélodies, on va créer d'autres morceaux. Thorselder : Dès qu'ils sont terminés, les morceaux restent comme ils sont. Mais c'est vrai qu'ils subissent beaucoup de modifications durant quelques mois. Par exemple, sur "Errance Eternelle", on a eu l'idée de garder un riff mais de placer un tempo beaucoup plus lent à la batterie, ça a changé tout le morceau. Cela a surtout donné une dimension beaucoup plus grande à la musique.



Vous réécoutez ce que vous faites après avoir enregistré ou c'est au moment où vous composez le morceau que vous vous dites ça va ou ça va pas. Comment ça se passe ?



Prometheus : Pendant qu'on joue, on a des idées qui nous viennent. Par exemple, sur "Esclave d'Une Puissance Infinie", on a voulu tout d'un coup ralentir un passage et ça a changé tout le morceau, ça l'a sublimé et il n'avait plus aucun rapport. C'était vraiment une idée un peu au hasard …



Oui, mais c'est en écoutant le morceau …



Prometheus : Non, c'est en le jouant, jamais en l'écoutant. Une fois qu'on l'a enregistré, on n'y touche plus. On joue jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à changer.



Vous écrivez vos textes en français. Moi, ce qui me gène avec le Black Metal en général, c'est qu'on ne comprenne pas un mot. Quel est l'intérêt d'avoir des paroles ?



Spoliatorion : Voila une question intéressante. Déjà, en français parce que c'est notre langue maternelle. Mais on ne voit pas l'intérêt de comprendre les paroles : c'est du Black Metal. En fait, quand on écoute du Black Metal, on prend la pochette et on lit les paroles en même temps. Thorselder : Dans notre cas, l'intégralité de nos textes se trouve sur notre site internet.



C'est une démarche, un jeu de piste ?



Spoliatorion : C'est une démarche, ça peut être un jeu de piste. Il faut pousser l'auditeur à lire parce que c'est aussi de la lecture le Black Metal. Ce n'est pas une musique de fond ou un divertissement quelconque. C'est une musique que l'on va écouter et avec laquelle on va penser, donc il faudra automatiquement la lire. Tout simplement. De plus, on est rarement plusieurs à écouter du Black Metal. C'est chez soi. On écoute profondément la musique, on la ressent, on la vit, c'est ça le Black Metal.



Est-ce que ça veut dire que, par essence, chaque album est un concept ? Ou alors, chaque morceau est un concept …



Spoliatorion : Chaque morceau est un concept. Thorselder : Chez certains groupes, chaque album est un concept. Pour en revenir à l'autre question, le Black Metal est une démarche complètement différente de pas mal d'autres styles, y compris dans le Metal, parce que c'est une musique qui ne s'offre pas. Il faut aller la chercher et c'est pour ça que c'est intéressant. Le principe des textes rejoint un peu cet esprit-là.



On fait de la philosophie là …



Spoliatorion : Oui, mais ce n'est pas dans tout le Black Metal ! Il y a certains groupes comme ça. Sinon, quand on va lire les textes de certains autres groupes, ça ne va pas être très recherché ! Nos textes sont réfléchis, ce n'est pas du n'importe quoi. Ce n'est ni des émotions à deux balles que tout le monde peut vivre un beau jour comme ça ni, soi-disant, Satan qui va arriver sur Terre et qui va massacrer tout le monde ! Il y a le Black Metal black metal et de l'autre côté, il y a nous.



Justement, par rapport aux autres et vous, on a parlé il y a 6 mois des ambiances et de tout ce qui gravitait autour du Black Metal. Je vous avais demandé si un jour, vous envisageriez claviers pour l'ambiance, violons, back vocals, ... et vous m'aviez répondu jamais, on restera tel qu'on est. Est-ce que vous avez changé d'avis en 6 mois ou, au contraire, vous vous êtes renforcés dans votre opinion ?



Prometheus : On n'a pas du tout changé d'avis. Circius : Tu vois le résultat. Prometheus : On ne changera jamais d'avis, on fera toujours du pur Black Metal sans aucun synthé.



Au niveau de vos influences, comment êtes-vous "tombés" dans le Black Metal. Honnêtement, j'ai commencé à en écouter parce que je faisais de la radio, qu'on reçoit des démos et que j'ai commencé à m'y intéresser mais je n'aurais probablement pas fait la démarche. Quelle a été votre démarche personnelle ?



Spoliatorion : Personnellement, j'écoute du Black Metal depuis pas mal d'années. J'ai commencé par tous les groupes de hard rock, de Heavy Metal les plus connus. Je ne suis pas très jeune non plus, je suis en quelque sorte l'aîné du groupe … J'ai suivi le mouvement de l'année en cours et quand le Black Metal est sorti, c'était une recherche personnelle. Circius : Je crois que Spoliatorion est le seul à avoir connu le Black Metal à son commencement. Nous, on l'a découvert alors qu'il existait déjà.



Quels étaient les groupes du début ?



Spoliatorion : Quand j'ai commencé à écouter du Black Metal, j'étais au Danemark avec l'école. J'étais encore lycéen, et je suis tombé dans une famille d'accueil dans laquelle il y avait une personne qui écoutait du Death Metal, du Trash et il commençait à écouter du Black Metal, c'était surtout le premier album de Mayhem et Burzum. Quand je suis rentré en France, c'est ce que j'ai recherché à écouter en premier. Après, ça été plus Darkthrone … Circius : Moi, personnellement, ce n'était pas au début du Black Metal. Je l'ai découvert par un grand groupe norvégien qui s'appelle Emperor. Prometheus : Pour moi, au début, le Black Metal, c'était du bruit, je ne comprenais rien. Ca me paraissait totalement inaccessible. Et c'est grâce à des groupes "commerciaux", comme les groupes à synthé, que j'ai compris toutes les mélodies qu'il y avait derrière. Peu à peu, j'ai écouté les groupes plus violents, je me suis dirigé vers le vrai Black Metal et je me suis intéressé à Dakthrone, Mayhem. J'ai découvert ce style qui est devenu ma passion. Thorselder : Je vais simplement conclure en rejoignant ce qu'a dit Prometheus. C'est clair, le Black Metal au début pour moi, c'était absurde. Puis, je me suis dit qu'ils faisaient quand même quelque chose d'assez impressionnant et je m'y suis donc intéressé. Petit à petit, j'ai écouté et puis j'ai vraiment apprécié. C'est comme ça que je suis rentré dedans.



Pour conclure, peut-on annoncer un concert ?



Prometheus : Normalement, nous jouerons à Gand le 1er novembre avec des groupes de Metal Extrême. Pour l'instant, on a surtout fait des concerts avec des groupes plutôt trash ou hardcore, donc pas forcément devant un public typique Black Metal. Ca va être notre première vraie scène Black Metal, c'est une bonne opportunité pour nous faire connaître.


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